Délai d'action après une fraude bancaire : ce que les banques ne vous disent pas
- 11 mars 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Le spoofing bancaire — cette technique de fraude consistant à usurper l'identité d'un conseiller bancaire pour soutirer des fonds à la victime — est devenu un enjeu majeur dans le domaine bancaire. Quasi systématiquement, les banques refusent de prendre en charge les détournements et invoquent la négligence grave de la victime pour se défaire de leurs obligations de remboursement. Mais certaines vont encore plus loin : elles tentent d'opposer un délai de forclusion de 13 mois pour prétendre que la victime serait hors délai pour agir en justice. Cette position est juridiquement inexacte — et les juges l'ont rappelé avec fermeté.

Délai action fraude bancaire : ce que dit réellement l'article L.133-24
L'article L.133-24 du Code monétaire et financier est au cœur de ce débat. Il dispose que l'utilisateur de services de paiement doit signaler à son prestataire une opération non autorisée "au plus tard dans les treize mois suivant la date de débit sous peine de forclusion".
Les banques interprètent ce texte de façon abusive : elles soutiennent que ce délai de 13 mois constituerait non seulement le délai de signalement auprès de la banque, mais aussi le délai pour agir en justice. Cette interprétation est inexacte pour trois raisons.
L'origine du texte contredit l'interprétation des banques
Cet article a été inséré par l'ordonnance de transposition de la Directive européenne 2007/64/CE relative aux services de paiement. Le rapport au Président de la République relatif à cette ordonnance précise explicitement qu'il s'agit d'allonger le délai de signalement d'une opération non autorisée auprès de la banque — et ne fait aucune référence à un délai pour saisir les juridictions.
La directive elle-même ne prévoit pas de délai judiciaire
L'article 58 de la directive 2007/64/CE, que l'article L.133-24 transpose, prévoit uniquement un délai de notification par le client auprès de sa banque — pas un délai pour agir devant les tribunaux.
La logique juridique s'y oppose
Retenir que le délai de 13 mois constituerait un délai judiciaire reviendrait à traiter moins favorablement la victime d'un paiement non autorisé que le client ayant effectué un paiement autorisé — lequel bénéficie du délai de prescription quinquennal de droit commun (article 2224 du Code civil). Une telle inégalité de traitement est juridiquement inadmissible.
Ce que dit la jurisprudence récente : deux décisions du TJ Paris
Le Tribunal judiciaire de Paris a tranché cette question dans deux décisions des 12 mars 2025 et 10 avril 2025, en jugeant de façon claire que si le client a bien signalé les opérations non autorisées à sa banque dans le délai de 13 mois, il peut ensuite faire valoir ses droits en justice dans la limite du délai de prescription de droit commun — soit 5 ans.
Les juges ont précisé que l'action en responsabilité du client contre sa banque est conditionnée à une dénonciation préalable dans les 13 mois — mais que ce délai n'impacte pas le régime de prescription de cette action devant les juridictions.
Une évolution jurisprudentielle favorable aux victimes
Cette position marque une évolution importante par rapport à des décisions antérieures de 2023, dans lesquelles le tribunal judiciaire jugeait que le délai de 13 mois enfermait à la fois le délai de signalement et le délai d'action en justice — une position particulièrement sévère pour les victimes de spoofing.
Ces décisions de 2023 étaient d'autant plus dommageables que les juges considéraient par ailleurs que la saisine du médiateur n'était pas suspensive du délai de prescription — piège dans lequel les banques incitaient précisément leurs clients à tomber en les orientant systématiquement vers la médiation.
La jurisprudence de 2025 corrige cette anomalie et rétablit une protection équitable des victimes.
La stratégie des banques pour faire échouer les recours
Face à une victime de fraude bancaire, les établissements bancaires utilisent plusieurs tactiques délibérées pour décourager et faire échec aux recours :
Invoquer la forclusion de 13 mois comme délai judiciaire pour obtenir l'irrecevabilité de l'action. Allonger volontairement les délais de réponse aux réclamations pour rapprocher la victime du délai qu'ils interprètent abusivement. Inciter la victime à saisir le médiateur — en sachant que cette saisine consume du temps et que certains juges ne la considèrent pas comme suspensive du délai.
Face à ces tactiques, la règle est simple : signalez les opérations frauduleuses à votre banque dès que vous les découvrez, et dans tous les cas dans les 13 mois suivant le débit. Vous disposez ensuite de 5 ans pour agir en justice.
Pour comprendre comment construire votre recours : Refus de remboursement fraude bancaire : comment contester efficacement ?
Pour comprendre le rôle de l'avocat dans votre dossier : Avocat fraude bancaire : est-ce vraiment utile pour obtenir un remboursement ?
À retenir sur le délai d'action après une fraude bancaire
Le délai de 13 mois de l'article L.133-24 est un délai de signalement à la banque — pas un délai pour agir en justice
Votre délai pour agir en justice est de 5 ans (prescription quinquennale de droit commun)
Le TJ Paris l'a confirmé dans deux décisions de mars et avril 2025
Les banques utilisent abusivement ce délai pour tenter de faire échouer les recours
Signalez immédiatement les opérations frauduleuses à votre banque — et consultez un avocat sans tarder
FAQ — Délai d'action fraude bancaire
Quel est le délai pour contester une fraude bancaire auprès de ma banque ? 13 mois à compter de la date de débit, conformément à l'article L.133-24 du Code monétaire et financier. Au-delà, votre signalement peut être déclaré irrecevable par la banque.
Quel est le délai pour agir en justice contre ma banque ? 5 ans à compter des faits, conformément au délai de prescription quinquennal de droit commun (article 2224 du Code civil). Le délai de 13 mois ne concerne que le signalement à la banque — pas l'action judiciaire.
Ma banque dit que je suis hors délai pour agir en justice — est-ce exact ? Non, si vous avez signalé les opérations dans les 13 mois. Le TJ Paris a expressément jugé en mars et avril 2025 que le délai de 13 mois n'est pas un délai judiciaire. Vous disposez de 5 ans pour agir.
La saisine du médiateur suspend elle le délai de prescription ? C'est un point qui a évolué dans la jurisprudence. Pour éviter tout risque, ne vous contentez pas de la médiation — engagez parallèlement une action judiciaire ou consultez un avocat pour sécuriser votre délai d'action.
Votre banque invoque un délai de forclusion pour rejeter votre action après une fraude bancaire ?
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